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Entretien avec Patrice Hamelin, directeur du festival les Papillons de Nuit (Normandie)

« Les exclusivités d’artistes sont une vraie menace pour la diversité ».

 

C’est l’un des plus importants festivals de musique en France. Les Papillons de Nuit, festival rural et associatif, qui s’est tenu pendant le week-end de Pentecôte, a battu cette année un record de fréquentation.

Patrice Hamelin, président de l’association R.O.C. en Baie, organisateur du festival, pense déjà au 20ème anniversaire l’an prochain. Il explique à la Fabrique culturelle quels sont les enjeux locaux d’un tel événement mais aussi les nouvelles difficultés auxquelles doit faire face un festival indépendant dans un environnement de plus en plus concurrentiel. Entretien.  

 

© Nico M (p2n)

Quel bilan tirez-vous de l’édition 2019 des Papillons de Nuit ?

C’est un bilan très satisfaisant d’abord en termes d’affluence avec 75 000 spectateurs environ. L’affluence dépend avant tout de la programmation. Nous essayons de répondre au mieux aux attentes de notre public, les jeunes mais aussi les familles qui sont attirées par des artistes plus connus. Notre public est originaire de Normandie à 70% mais il vient également de Bretagne, de la région parisienne et d’autres régions de France.

 

Vous dirigez désormais l’un des plus grands festivals français tout en conservant un statut associatif. Qu’est-ce que ce statut suppose par rapport aux festivals privés ?   

Ce statut associatif permet de fédérer beaucoup de gens et de bénévoles autour d’un grand projet culturel. Évidemment, nous sommes ici en pleine nature au milieu des champs et il nous faut donc installer toute l’infrastructure du festival, ce qui a un coût à la différence d’une ville qui peut s’appuyer sur des structures existantes. Sans compter les transports et le réseau routier qui est ce qu’il est. Il nous faudrait des navettes en provenance des principales villes de la région pour limiter les véhicules. Une partie des services de gendarmerie nous est aussi refacturée par l’État alors que dans une zone urbaine, c’est généralement la police qui assure la sécurité. 

 

© David Wooldridge (p2n)

Quels sont aujourd’hui les postes budgétaires les plus lourds et qu’est-ce qui a changé ces dernières années ?    

La programmation pèse quasiment un tiers du budget ; elle représentait 20% il y a vingt ans. C’est vrai qu’il y a plus de concurrence, plus de festivals mais les coûts de plateaux sont aussi plus onéreux avec beaucoup de création vidéo, lumière etc…Autre budget qui a flambé, la sécurité qui représente aujourd’hui près de 10% de nos dépenses.

 

Comment parvenez -vous à faire face à ces augmentations de coût ?

Il y a 10-12 ans, on arrivait à équilibrer notre budget avec la billetterie et les recettes annexes. Aujourd’hui, ce n’est plus possible et il nous faut trouver des financements extérieurs. On a très peu de financements publics, c’est une liberté mais c’est aussi un handicap. Les structures publiques ont encore un peu de mal à comprendre que c’est un grand événement professionnel, et que la musique contribue à fédérer les gens et à créer du lien social. Pour compenser, nous avons donc fait appel à des financements privés en créant il y a sept ans, sous la forme actuelle, un village partenaire qui compte aujourd’hui 250 entreprises. Ce sont essentiellement des entreprises régionales qui profitent des Papillons de Nuit pour nouer des contacts et créer du business. Nous avons aussi du mécénat ou du partenariat lorsque l’entreprise cherche une contrepartie de visibilité.

 

Comment un festival associatif comme le vôtre fait-il face dans un univers de plus en plus concurrentiel ?

C’est vrai que désormais nous sommes en concurrence avec des entreprises privées, des festivals liés à des maisons de production qui privilégient leur propre catalogue aux dépens des autres. Et puis il y a le phénomène des exclusivités qui devient problématique. Chaque année, nous devons renoncer à présenter des artistes à notre public parce qu’ils sont programmés à 200 ou 300 km. Ce problème ne se pose pas tant avec les artistes internationaux qu’avec les artistes français. Cette tendance est une vraie menace pour un festival comme le nôtre.

 

© Camille Meligne (p2n)

La protection de l’environnement est désormais prise en compte par de nombreux festivals. Est-ce que les Papillons de Nuit ont eux aussi une démarche éco-responsable ?

Oui complètement. Nous nous sommes attaqués à ce sujet il y a déjà plusieurs années et avons commencé par un travail de sensibilisation auprès des festivaliers. Nous avons commencé bien-sûr avec les gobelets réutilisables et nous avons ensuite étendu l’utilisation de couverts bio dégradables à l’ensemble des prestations de cuisine. Un festival comme le nôtre génère entre 70 et 80 tonnes de déchets sur trois jours, soit un peu plus d’un kg par personne. L’an dernier, nous avons valorisé près de 41% de nos déchets, ce qui constitue un excellent score pour un événement de cette importance. Notre objectif est d’atteindre les 50%, cela représente un gros investissement mais nous retirons déjà une grande satisfaction du résultat obtenu. Nous avons également travaillé sur la consommation d’énergie et avons réussi à économiser plus de 30% de notre consommation de fioul sur trois ans. Depuis l’an dernier, nous privilégions avec succès l’éclairage solaire.

 

Pendant les trois jours du festival, vous proposez des animations sur le site et aussi sur le camping improvisé ou encore des projets originaux comme le projet des Fabriques à Musique…

Certains festivals qui ne proposent que de la musique ont tendance à perdre en fréquentation. Nous avons anticipé en proposant en effet des animations lorsqu’il n’y a pas de concerts afin d’occuper et de distraire les jeunes qui restent pendant les trois jours du festival.

Quant aux Fabriques à Musique (NDLR : dispositif mis en place par la Sacem), nous sommes très heureux de participer chaque année à ce projet en lui donnant de la visibilité. Pendant un an les élèves d’une école d’Avranches ont travaillé à l’écriture d’une chanson avec l’auteur-compositeur-interprète normand Adrien Legrand. Ils ont ensuite interprété cette chanson sur scène avec l’artiste aux Papillons de Nuit.   

 

© Nico M (p2n)

L’an prochain, les Papillons de Nuit fêteront leur 20e anniversaire. Est-ce qu’il y aura des surprises ?

 Bien-sûr, nous célèbrerons l’événement comme il se doit !