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Les 15 ans d’Ed Banger : l’histoire d’un label qui décoiffe

Ex-manager des Daft Punk, Pedro Winter vole de ses propres ailes depuis 2003 aux commandes d’Ed Banger. Le label électro parisien, qui a connu l’âge d’or avec Justice, a célèbré son 15e anniversaire le 31 mars, au Grand Rex, en présence d’un orchestre philharmonique. Une consécration pour cette structure artisanale et farouchement indépendante.

 

Pedro Winter
© So Me

 

Pedro Winter n'a pas volé son surnom : Busy P. Producteur et DJ, le patron d'Ed Banger ne s’arrête jamais.
Ces dernières semaines encore, il écumait les platines des clubs techno les plus hype de la planète - du Bain à New York à l'Audio Club de Genève, en passant par Contact à Tokyo.

Le 31 mars au soir, avant de s'envoler pour Berlin, puis Londres, ce marathonien du jetlag s'est offert une escale sous la voûte étoilée du Grand Rex pour souffler les quinze bougies de son label parisien.

 

La French Touch version philharmonique

 

Quinze ans déjà... l'occasion rêvée de sortir le grand jeu.
Dans les pas de Jeff Mills, Pedro Winter a fait le pari un peu fou d'inviter l'Orchestre Lamoureux à réinterpréter, sans ordinateur, ni machine, la musique d'Ed Banger en version philharmonique.
Soixante-dix instrumentistes ont repris ainsi les tubes de Justice, Cassius ou Mr Oizo, sous la direction de Thomas Roussel. Les enfants terribles de la French Touch seraient-ils en quête de respectabilité ?

 

« La musique classique ne doit pas faire peur »

 


 

« Faire jouer ses morceaux par un orchestre est le fantasme de tout musicien. C'est un peu comme regarder un film en 3D, confesse le maître de cérémonie.
La musique classique ne doit pas faire peur. Qui n'aime pas le thème de James Bond ? Qui n'a jamais écouté le générique des Simpsons ? Combien de fois avons-nous chantonné les intros de Star Wars ou d'Indiana Jones ? Pourquoi se priverait-on de cette magie ?»

Et de lever les bras au ciel...

 

La bande à Winter

 

Après minuit, la soirée a atteint son point d'orgue juste à côté, dans la moiteur du Rex Club, au son des piliers (FEADZ, Cassius, SebastiAn, le graphiste maison So Me) et des étoiles montantes (Myd, Borussia, Vladimir Cauchemar) du très composite label électronique.
Sans oublier votre serviteur Busy P... On lui doit le nom d’Ed Banger, en référence au « headbanging » - vous savez, cette étrange pratique qui consiste à secouer la tête en musique.

 

« Heureux artisan »

 

Ce grand chevelu jetlagué dit avoir créé Ed Banger « par accident ».
C'était au mois de mars 2003. En plein chaos... George Bush Junior venait tout juste d'envahir l'Irak et l'industrie du disque connaissait une crise sans précédent, avec l'avènement de la dématérialisation. Pas de quoi effrayer Pedro Winter : « Prendre des risques est la base de l'art, en tout cas c'est la définition que je m'en fais. Notre statut de label indépendant nous permet de nous adapter plus facilement aux changements que les majors et je me définis comme un heureux artisan. »

 

Des Daft Punk à Ed Banger

 

Il faut dire que cet adepte du « Do It Yourself » a été à bonne école.
Celle des Daft Punk, dont il croise la route en 1995 et devient le manager l’année suivante. « Je bénis les douze incroyables années passées avec eux. Thomas et Guy-Manuel avaient chacun leur propre label et il était important pour moi de construire quelque chose de différent. Ce n'est pas un challenge facile après un voyage musical avec les deux robots les plus talentueux de notre galaxie. »

 

Un label intemporel

 

Sa première signature ? L’excellent Radar Rider de Mr Flash.
« C’est toujours l’un de mes disques préférés sur le label. Il n’a pas vieilli et j’aime toujours autant ce style de musique. Faire un disque d’instrument de rap au moment où tout le monde sortait des sous-Daft Punk était une façon de marquer ma différence. »
Deux autres rencontres vont bouleverser son existence et accompagner sa transition musicale : DJ Medhi, en 1998, puis Justice, en 2003.

 

Ed Banger albums
Albums du label Ed Banger : Justice, Cassius, Mr Oiszo, Buzy P....

 

La vie sans Medhi

 

Le premier était un ami, disparu il y a sept ans dans un tragique accident, et l'une des grandes signatures du label.
Paru en 2006, son premier album, l’exaltant Lucky Boy, jouait à saute-mouton entre hip hop et house. « Aujourd'hui encore, il résonne d'une façon très particulière. Mais sans trop s'attarder sur le côté sentimental, on peut dire que c'est Le disque qui résume parfaitement Ed Banger, s'émeut Pedro Winter. Le départ de Medhi a été un réél choc pour nous tous, famille, amis et co-équipier. La vie n'est plus la même depuis. Il est omniprésent, je continue l'aventure pour et avec lui. »

 

Justice et raclette party

 

Pour Justice, « c'était un accident » :
« Je me suis incrusté à une soirée raclette avec So Me et c'est lui qui m'a présenté Xavier et Gaspard. J'ai écouté leur remix de Never be alone de Simian une seule fois sur leur ordinateur et ils sont venus signer le lendemain chez Ed Banger. Un contrat d'une page, une aiguille au bout du doigt, le deal était scellé pour l'éternité ! »
L'année 2007 sera bientôt marquée d'une croix noire : celle qui orne la pochette du premier album de Justice. Ou la rencontre improbable entre l'électro, le metal et la pop...

 

Plus qu’un label, un mode de vie

 

Des millions de ventes, une Victoire de la musique et un Grammy Award plus tard, le duo frappeur travaille sur un quatrième album. Mais Ed Banger est loin de se résumer à Justice.
Iconoclaste, aventureux, jamais là où on l’attend... le label de Pedro Winter rassemble des artistes aussi divers que la rappeuse Uffie, l’electronicien funky Breakbot, le producteur perché Me Oizo, AKA Quentin Dupieux, ou plus récemment Vladimir Cauchemar et sa flûte à bec en roule libre...
« Notre force vient de nos différences, nous formons une famille, les gens le sentent et je croyez qu’ils adhèrent à notre philosophie, poursuit Pedro Winter. Ed Banger est une sorte de mode de vie plutôt qu’un simple label. »

 

Du fax à Internet

 

Âgé de presque 43 printemps, l’éternel ado a suffisamment de recul pour dresser le bilan des quinze dernières années.
« Le fait d’avoir vécu ‘au temps’ des vinyles, des CDs, d’avant le Web... me permet de mieux appréhender le présent. Mais l’évolution est une bonne chose. J’ai commencé à travailler en envoyant des fax, j’ai pris Internet en pleine tronche et aujourd’hui, si tu coupes le wifi aux kids, ils ne savent plus marcher. Blague à part, la vie est plus facile qu’avant pour les musiciens et les producteurs. Nous avons nous-mêmes été associés à la génération MySpace, et ça nous a bien aidés. »

 

Regarder vers l’avenir

 

Au regard de notre société ultra-consumériste où tout se périme à vitesse grand v, même l’art, la longévité d’Ed Banger est suffisamment rare pour être soulignée.
« Notre public a grandi avec nous. Il y a les fidèles de la première heure et heureusement, un renouvellement de notre audience. Nous regardons devant nous, nous continuons à signer des artistes, comme Borussia, Myd, Vladimir Cauchemar, 10LEC6..., conclut Pedro Winter. La nostalgie est rassurante, nous avons fait de belles choses, mais je préfère réfléchir aux prochains challenges, aux prochaines sorties, et à la transformation d’Ed Banger. »

 

On lui souhaite longue vie !

 

Eléonore Colin