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Musiciens mais pas que… !

Ils sont musiciens, auteurs, compositeurs, interprètes. Leur sensibilité, leur curiosité, parfois leur audace les conduit à explorer d’autres formes artistiques, voire à s’investir dans des structures culturelles ou même à créer leur propre entreprise.
Rencontre avec des artistes polyvalents.

©Christophe Manquillet
L'arbre en poche - Claire Diterzi

« Je ne mets pas de frontière entre le fait d’être écrivain ou musicien. J’écris un roman, j’écris une chanson, c’est juste une histoire de mise en forme ». Gaël Faye est la parfaite illustration de ces artistes polyvalents dont le talent ne connait pas de frontières. Avant d’écrire son roman Petit pays encensé par la critique et couronné de nombreux prix littéraires, Gaël Faye avait déjà donné ce titre à l’une de ses chansons. Pour cet artiste de père français et de mère rwandaise qui a grandi au Burundi et connu la guerre, le héros de son livre est à l’intersection de ses propres origines pour reprendre sa propre expression. « Je n’ai pas eu besoin de ce livre pour déposer un fardeau ou pour être dans une forme de thérapie par l’écriture. La musique m’avait permis déjà de franchir ce pas » explique-t-il. « C’est la même personne, la même inspiration, la même sensibilité qui s’expriment. Moi, je suis plus un auteur qu’un musicien finalement, je fais sonner les mots. Et je suis entouré de vrais musiciens, de gens qui n’ont pas la parole pour s’exprimer mais le langage des notes.

 

À deux pas du Centre Pompidou, la Maison de la Poésie occupe un passage où il fait bon se perdre et flâner. Il n’est pas rare à cet endroit de Paris, de croiser des écrivains, mais aussi des musiciens qui chargent et déchargent leur matériel. « C’est d’abord un lieu où on donne la parole aux auteurs de toutes les façons envisageables » explique Olivier Chaudenson, son directeur. Ce lieu culturel atypique tient à démontrer que la littérature est un art vivant, qui peut entrer en dialogue avec d’autres formes de création comme la musique. Les concerts littéraires ou les cartes blanches sont l’occasion pour des musiciens de faire entendre leurs auteurs préférés ou ceux qui nourrissent leur propre écriture. Autour d’une réflexion sur le genre et l’identité, il y a aussi le projet « A définir dans un futur proche », soirées éphémères et itinérantes qui explorent cette pluralité sur scène en créant des ponts entre artistes femmes d’horizons divers qui croisent leurs disciplines artistiques.

 

Sur 350 événements par an, la musique retentit dans une bonne centaine et on a vu naître en ces lieux nombre d’associations écrivains / chanteurs : Delphine De Vigan et La Grande Sophie, Virginie Despentes et le groupe de noise Zëro... Des chanteurs attachés aux mots et sensibles à la poésie comme le rockeur Rodolphe Burger, Arthur H, ou Florent Marchet ont leurs habitudes dans ce recoin du troisième arrondissement. Gaël Faye s’est lui-même arrêté à la Maison de la Poésie pour une lecture musicale de Petit pays.

 

Explorer l’art sous toutes ses formes

© DR
Le surprisier - Mathias Malzieu

« En écrivant des livres, je ne suis pas sorti de la chanson », assure de son côté Mathias Malzieu, le bondissant chanteur du groupe de rock Dionysos. « Je ne me suis pas dit : ‘Les chansons, j’en ai marre.’ C’est juste que le fait d’écrire des chansons m’a rendu extrêmement curieux du travail des autres, des voyages, et même de ma propre imagination. Tous les médiums qui me permettent de saisir mon imagination, je les utilise. » Sans cesse en mouvement, Mathias Malzieu multiplie les projets. Son nouveau roman Une sirène à Paris, est une histoire d’amour entre une sirène et un homme de chair et de sang. Ce raconteur d’histoires magiques a également écrit un livre pour enfants sur I-Pad, et se frotte régulièrement à de nouvelles formes d’écriture : témoignage, documentaire, photographie. L’exposition photo qu’il présente actuellement dans les travées du Zénith de Paris, Le surprisier, est « une collecte de mini moments de joie créative » comme il la définit lui-même. Les internautes peuvent aussi voir en ce moment son documentaire diffusé par Arte et qui raconte sa traversée du Grand Nord en skate-board, sa valise à la main, Norvège, l’appel du merveilleux.

 

Les musiciens qui explorent l’art sous ses différentes formes sont nombreux. Pour Vincent Delerm, cela fait même partie intégrante de son métier de chanteur à présent. L’auteur-compositeur interprète qui achève un film où Jean Rochefort fait la dernière apparition de sa carrière à l’écran - se veut humble. « Quand je présente Memory, mon spectacle théâtral et musical ou quand je fais une exposition photos, les spectateurs jugent sur pièces si cela leur semble crédible ». Cette vie d’artiste, les chemins de la création, Vincent Delerm les racontent dans un livre de photographies, Songwriting, où il se révèle en portraitiste de ses amis chanteurs.

 

Jongleurs de mots qu’ils retournent dans tous les sens pour raconter le monde autour d’eux, de nombreux rappeurs font aussi de fréquentes incursions vers d’autres formes d’expression artistique comme Orelsan vers le cinéma, Kery James vers le cinéma et le théâtre ou encore Disiz, étonnant interprète d’Othello de Shakespeare.

 

De l’art au business.

Cette fibre créative peut aussi revêtir d’autres formes, l’implication dans une structure culturelle, voire même la création d’un business. Booba a fondé un empire avec sa marque de prêt-à-porter, Stromae, Orelsan et plus récemment Big Flo & Oli ont lancé leur propre ligne de vêtements. Comme si son activité de création multiple ne lui suffisait pas, Mathias Malzieu vient d’être nommé directeur artistique des Trois Baudets. Un rôle d’artiste associé dans ce cabaret où fut découvert Georges Brassens.

© Christophe Manquillet
L'arbre en poche - Claire Diterzi

Chanteuse rock, Claire Diterzi a fondé en 2015 sa compagnie de théâtre musical, « Je garde le chien », afin de pouvoir créer librement ses propres spectacles. Celle qui fut la première chanteuse à entrer en résidence à la Villa Médicis, est passée au gré de ses rencontres – les metteurs en scène Philippe Decouflé, Martial Di Fonzo Bo - du monde du rock à celui du théâtre. « Je revendique l’idée que la chanson, c’est-à-dire ce petit format magique de 3’30, avec une musique, une mélodie, un texte, puisse avoir une dimension contemporaine, comme la danse ou le théâtre. Je veux faire de la chanson de création plus qu’une chanson pour remplir les ondes », explique l’artiste en résidence à l’Opéra de Tours pour la saison 2018-2019. Pour son dernier spectacle, L’arbre en poche, librement inspiré du livre Le baron perché, d’Italo Calvino, elle utilise ses chansons et fait appel à un contre-ténor et un comédien. L’artiste sera à l’affiche cette année du Printemps de Bourges avec un spectacle coproduit par sa compagnie et l’Opéra de Tours et soutenu par l’action culturelle de la Sacem, Je garde le chien…et l’orchestre.

                          

Bastien Brun