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Nicole Croisille : "je suis une compilatrice"

« Croisille 80 » et « Femme…woman in your arms ». Ce sont deux CD importants de la carrière de Nicole Croisille qui viennent de ressortir sous la forme d’un double album comprenant 33 chansons : « Il était une fois…Nicole ».
Femme de scène, cette grande dame de la chanson française n’arrête jamais…

 

On l'a surnommée "l'Âme métisse". Elle préfère le terme d'artiste hybride.
Chanteuse, comédienne, danseuse, mime, Nicole Croisille a voué sa vie au spectacle, dans tous les registres du terme.

Elle a croisé les chemins de Joséphine Baker, du Mime Marceau, de Claude Nougaro, de Claude Lelouch et de bien d'autres. La plupart de ses chansons sont passées à la postérité, mais ces succès ne sauraient contenter cette insatiable amoureuse des planches. Qui, malgré une carrière exceptionnelle, n'a nullement l'intention d'abandonner sa passion, ses passions.

 

Nicole Croisille
Nicole Croisille (c) Catherine Chabrol

 

Rien que pour ces derniers mois, elle joue sur deux fronts à la fois : la reprise de la comédie musicale Irma la Douce, mise en scène par Nicolas Briançon, aux côtés de Lorànt Deutsch et Marie-Julie Baup, dans laquelle elle interprète le rôle d'une tenancière de bar.
Et  L'Opéra de Quat' Sous, sous la direction d'Olivier Desbordes, qui avait déjà mis en scène Cabaret, avec... Nicole Croisille.

 

Quand on lui  fait remarquer que cette double casquette tient du tour de force, elle répond : « J'ai toujours voulu me faire accepter comme comédienne, mais la chanson me collait à la peau et le système des concerts ne me laissait pas assez de temps libre pour m'engager dans une pièce de théâtre. Aujourd'hui je n'arrête pas les tours de chant mais je fais autre chose, pendant quelque temps. Pour continuer d'être présente aux yeux du public ».

Artiste hors norme

Une présence qui dure depuis déjà depuis près de six décennies, même si tout n'a pas été aisé dans le parcours de cette artiste hors norme. 

Dès son plus jeune âge, sa vocation de danseuse est contrariée par un père inflexible qui la rêvait interprète à l'Unesco.
Grâce à une maman compréhensive, elle réussit à se faire engager à 18 ans dans les ballets de la Comédie Française. Là, entre deux entrechats dans les pièces de Molière, elle côtoie les plus grands acteurs de l'époque, « même si nous n'avions pas le droit de prendre l'ascenseur » sourit-elle à ce souvenir.

 

Après une audition dans l'école de mime de Marcel Marceau, la voilà qui part en tournée à travers les Amériques, avec le créateur du célèbre personnage de Bip.
Mais Nicole ne saurait demeurer muette. A 8 ans, elle a découvert la comédie musicale, les films de Fred Astaire et Judy Garland, et elle rêve de les imiter.
Un soir, de passage aux États Unis, elle  s'empare du micro dans un club de jazz de Chicago, provoquant l'admiration des spectateurs et des musiciens qui félicitent cette inattendue "soul sister".

 

La passion du jazz    

Danseuse et chanteuse, il n'en faut pas plus pour que Joséphine Baker lui demande de participer à sa revue. A Broadway, en 1964, elle mène aussi pendant un an le spectacle des Folies Bergère. 
Mais sa nouvelle passion, c'est désormais le jazz. Elle se produit dans les caves de Saint Germain des Prés et enregistre même, au début des années 60, une version du "Halleluyah I Love Her So" de Ray Charles. Le disque passe inaperçu : "Je voulais faire du jazz en pleine époque yéyé. J'étais une sorte d'Ovni..."

 

Malgré une demi-douzaine de 45 tours et une première partie de Brel à l'Olympia, sa carrière de chanteuse demeure plutôt confidentielle.
A la recherche d'auteurs et de compositeurs, elle rencontre Claude Nougaro. Le début d'une belle amitié, qui ne se transforme pourtant pas en collaboration : « Son premier album, avec Michel Legrand, venait de remporter un grand succès, et lui qui était jusqu'à présent parolier, a décidé alors de mener sa propre carrière. Comme tous les auteurs, il connaissait l'angoisse de la page blanche et préférait garder ses textes pour lui. Ce qui ne m'a pas empêché, avec son accord, d'interpréter ses chansons sur scène ».

 

Chabada bada

Chabada bada... L'onomatopée est demeurée dans la mémoire collective. Nous sommes en 1966 et le film de Claude Lelouch, Un homme et une femme, se voit décerner la palme d'or au festival de Cannes.
Et la chanson du film, interprétée par Nicole Croisille et Pierre Barouh, trône dans les hit-parades. Ce premier tube, disque d'or jusqu'aux États Unis, sera suivi de beaucoup d'autres. En vrac, "Parlez-moi de lui", "Téléphone moi", "Femme avec toi", autant de mélodies qui font désormais partie du patrimoine de la chanson.

 

Le répertoire de Nicole Croisille, sous la houlette du producteur Claude Dejacques et de l'éditeur Claude Pascal, sa présence et sa voix de colorature séduisent alors un large public : « A l'époque, dans les années 70, explique aujourd'hui Nicole, il manquait un personnage féminin, une femme adulte qui parle de sentiments, de problèmes de femmes, qui joue sur l'émotion. Je pensais ne pas en être capable. Ça faisait quatorze ans que je ramais, j'étais devenu très fragile, moi qui étais entrée comme un bulldozer dans ce métier en pensant que j'allais tout casser. J'étais frustrée de me sentir stoppée avant d'avoir pu prouver quoi que ce soit ».

 

Centrée sur le spectacle

Depuis, Nicole Croisille a tout prouvé.
Chanteuse, elle a enregistré une vingtaine d'albums, dont le tout dernier, Arc en Ciel, sur des compositions de Roland Vincent, et donné une multitude de concerts entre Olympia, Alhambra, Grand Rex, Casino de Paris ou Théâtre de Dix Heures.
Comédienne, elle a participé à de nombreuses comédies musicales et pièces de théâtre,  joué aussi bien au cinéma qu'à la télévision.

 

Au moment où on la quitte, après l'interview, elle part répéter un hommage à Erik Satie, mis en scène par Pierre Notte au théâtre du Rond- Point. Comme l'on s'étonne de tant d'activité, elle a cette simple réponse : « Je ne veux rien laisser de côté. Tout ce que je sais faire est centré sur le spectacle. J'ai besoin de continuer à apprendre. Je ne tourne le dos à rien, je ne fais qu'ajouter, je compile. Je suis une compilatrice ».