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Tubes de l’été : du secret de fabrication au mythe

Qu’est-ce qu’un tube de l’été ? Pourquoi et comment se fabriquent de tels succès qui s’inscrivent dans un temps court puis deviennent parfois éternels ? Les auteurs Alain Pozzuoli et Jean-Marie Potiez ont tenté de répondre à ces questions dans leur ouvrage “101 tubes de l’été”, véritable mine d’or pour appréhender le phénomène. Sur quatre décennies, une sélection très éclectique, de “Despacito” à “A Whiter Shade Of Pale” en passant par “Capri c’est fini” a été savamment répertoriée.

 

Juin 1965, dans une cuisine parisienne, les notes d’une balade crève-cœur résonnent.
Le chanteur Christophe entonne “Aline”. Les couplets promettent une apothéose mélodique. Celle-ci s’impose lors du refrain. Les poils des bras de la jeune femme buvant son café se dressent et un sourire, mélancolique et grisant à la fois, se dessine sur son visage.
Les semaines suivantes, la même chanson produira le même effet sur les plages, dans les campings, dans les discothèques durant le fameux “quart d’heure américain”, et la radio crachera ses décibels en boucle, comme autant d’émotions harmoniques. L’été 1965 demeurera inoubliable pour toute une génération : c’est l’effet tube de l’été.

 

Chaque année, ce sera la même chose. Que le rythme soit mélancolique ou galvanisant, doux-amer ou dansant ; que les paroles soient en anglais ou en français, la ritournelle estivale collera à la peau de chaque auditeur tel un élixir.

 

 

Le “tube” selon Boris Vian

Quelle drôle d’idée que d’appeler un succès musical un “tube”...
Dès l’introduction du livre, on apprend que le terme a été inventé par Boris Vian dans les années 50, pour répondre au terme “hit” (bien plus parlant à priori) anglophone. « Boris Vian était un jazzman, et il n'appréciait guère la musique légère, la variété, vide de sens pour lui. Or un tube, c’est quelque chose de creux, dans lequel il n’y a rien », explique Alain Pozzuoli.
« On ne peut pas dire qu’il y ait une recette, mais il y a des ingrédients : des paroles faciles, une mélodie qui rentre facilement dans la tête, un gimmick musical qui marque l’oreille », poursuit l’auteur et journaliste. Et son confrère Jean-Marie Potiez d’ajouter : « le gimmick, c’est le truc qui caractérise la chanson et la rend souvent irrésistible et facilement mémorisable. Par exemple, les ‘la, la, la’ de « Pour un flirt » de Michel Delpech ou les ‘va va va’ de “L’été indien” de Joe Dassin ».

 

L’été, période propice aux émois éphémères, est la saison parfaite pour adhérer collectivement à une mélodie efficace.
Une bonne partie des tubes de l’été sont des slows. Ils représentent une parenthèse sensuelle et émotionnelle idéale pour les rapprochements, et créent ainsi une photographie mentale qui s’inscrit dans le temps de manière pérenne.
Du tube jetable au standard, l’auditeur fait son choix. Plus ou moins consciemment, car la particularité du tube est saisissante : on a l’impression que la chanson a toujours existé, et ce dès la première écoute. Telle est sa force.

 

Tubes de l’été, hommes de l’ombre

 

Parfois, les interprètes des tubes de l’été devenus des standards doivent leur succès phénoménal à des auteurs et/ou compositeurs dont le nom ne prendra pas la lumière du soleil.

 

“L’été indien”, tube estival du cru 1975, était a priori destiné à Claude François, mais a finalement été proposé à Joe Dassin par les auteurs italiens du titre, notamment du « faiseur de tubes » Toto Cutugno.
“La maladie d’amour” de Michel Sardou (1973) fut écrite par Jacques Revaux, également auteur d’un des plus grands tubes de tous les temps, “Comme d’habitude”.
Quant à “Pour le plaisir” d’Herbert Léonard, c’est l’animateur radio Julien Lepers, compositeur discret mais hyperactif, qui s’est associé à la parolière Vline Buggy pour ériger cette chanson en tube estival de haute volée : 3 millions d'exemplaires écoulés, et une carrière brillamment relancée pour Herbert Léonard !

 

 

Un tube, une mystérieuse alchimie

 

Avant les années 80, il n’y avait que trois radios, et celles-ci jouaient toutes le même titre. Le matraquage était efficace. Puis la télé a pris le relai dès la fin des années 80, la “Lambada” (1989) est un exemple parfait du tube de l’été unilatéralement choisi par une chaîne de télévision, qui, à grands coups de diffusion du clip à heure de grande écoute, va convaincre la majorité des téléspectateurs.

 

De nos jours, la donne a changé. On n’écoute plus et on ne consomme plus la musique comme avant. « Chacun choisit sa plateforme de streaming, sa radio, avec les chansons qu’il veut écouter (rap, jazz, électro, techno, chanson française, etc.). Le nombre de clics sur YouTube entre aussi en compte lorsqu’il s’agit de déterminer les titres les plus écoutés ou regardés (« Gangnam Style », « Despacito », etc.).
Impossible alors de savoir si l’internaute a écouté et regardé le titre jusqu’au bout ! Les singles / 45 tours ne sont plus vraiment commercialisés non plus ! »
, constate Jean-Marie Potiez.

 

 

On l’aura compris : un tube de l’été est souvent le résultat de l’addition complexe d’ingrédients pourtant assez simples. Une alchimie dont la réussite tant espérée par artistes et producteurs continue de porter sa part de mystère.

 

Arnaud de Vaubicourt

 


 

Livre 101 tubes de l'été
 

« 101 tubes de l’été » - Editions du Layeur, par Alain Pozzuoli et Jean-Marie Potiez

Un “beau livre” où chaque tube de l’été sélectionné révèle une anecdote, une info insolite.

L’ouvrage est chapitré par années, des années 60 aux années 90 et comprend de nombreux visuels. Le choix des tubes est basé sur la puissance de leur succès, le goût des auteurs et un petit sondage réalisé par ces derniers.

Une mine d’informations qui aide à comprendre les rouages d’un tube de l’été !