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En Suisse, une fondation lutte pour sauver le patrimoine musical

La United Music Foundation s’est fixée une mission : sauver, souvent in extremis, le patrimoine musical enregistré. D’après l’UNESCO, il ne nous reste qu’une dizaine d’années (une quinzaine si l’on est optimiste), pour sauvegarder les œuvres audiovisuelles en les numérisant, avant que les supports d’origine ne partent en fumée. Mais la démarche est rare, car le savoir-faire et le matériel nécessaires disparaissent avec le temps.

 

Cette mission ne rime pas avec impossible pour David Hadzis, chef de projet de la United Music Foundation.

Il cherche, restaure, remixe parfois des bandes masters, oubliées dans des archives publiques ou privées, afin de préserver cette mémoire destinée pourtant à être collective. « J’ai été artiste et suis toujours compositeur, ingénieur du son et producteur. Mais c’est en concevant des compilations que j’ai pris goût à ces recherches. Tout a commencé lorsque, à l’âge de 17 ans, j’ai retrouvé en Suisse des bandes originales de Petula Clark dans les anciens bureaux d’une maison de disques peu avant la destruction du bâtiment. J’ai pris conscience de la dégradation des bandes magnétiques en découvrant ces trésors qui m’ont servi de base pour apprendre mon métier. »

 

bande magnétique
Sauvetage de la bande originale d'un succès planétaire de 1967
dont l'oxyde est en train de se décoller © United Music Foundation

 

Bandes magnétiques et 78 tours

 

Pour la première publication de la fondation, sortie fin 2014, il a été question de remettre en état des enregistrements du clarinettiste et saxophoniste Sidney Bechet, réalisés en Suisse, entre 1949 et 1958.
Le coffret est luxueux : 4 CD, et un livre relié présentant près de 400 photos et documents.
Des concerts publics, privés (dans un appartement genevois !), des documents radiophoniques, ce coffret nécessitera deux ans de travail et remportera le Prix de la Meilleure Réédition de l’Académie du Jazz.

 

 

Entre bandes magnétiques et disques 78 tours à gravure directe, qui n’apprécient ni humidité, ni chaleur excessive, le travail consiste, par exemple, à restaurer les collages d’origine, à éliminer les moisissures en chauffant les bandes dans un four spécial, puis, à corriger d’éventuels affaissements de son, fluctuations de vitesse, ou à faire disparaître les craquements ou bruits parasites.
L’écoute des extraits permet de constater la différence (avant/après).

 

Le second projet a été consacré aux enregistrements de Nicole Croisille entre 1973 et 1981.
Quelque cent soixante enregistrements sauvegardés en haute définition, un double album publié : « Il était une fois… Nicole ». 
« L’idée est de valoriser les enregistrements en les présentant sous la forme d’un bel objet, avec des éléments biographiques et historiques enrichis de documents. C’est un travail d’enquête, de recherches d’éléments, qui va bien au-delà du son. Parfois, c’est grâce à des informations collectées auprès de l’entourage des artistes, de ceux qui les ont côtoyés dans le passé, ou simplement grâce au hasard d’une conversation. L’objectif est de remettre ce patrimoine dans son contexte pour le transmettre aux générations futures. »
Depuis de nombreuses années, David Hadzis est à l’affût, cherchant des trésors souvent inédits. Au détour du bric- à- brac d’une cave ou d’un grenier, ce dénicheur passionné a déjà retrouvé et sauvegardé plusieurs centaines de documents qui sont ensuite conservés par la United Music Foundation à Genève.

 

 

Un travail de fourmi

 

La liste de ces pépites intrigantes est longue et variée : des titres ou concerts inédits de Stan Getz, Bill Evans, Lionel Hampton ou Sarah Vaughan pour le jazz, ou pêle-mêle : Dalida, Claude Nougaro, Michel Polnareff, Sandie Shaw, Marie Laforêt, La Mano Negra ou The Jimi Hendrix Experience…
« En règle générale, le travail de préservation des œuvres audiovisuelles fonctionne souvent en circuit fermé. L’INA, par exemple, s’intéresse essentiellement au patrimoine français. L’intérêt de la United Music Foundation, c’est son ouverture sur le monde. Quels que soient leurs origines, ces documents qui tombent entre nos mains sont restaurés afin d’être sauvés. »

 

Tous ces enregistrements attendent un financement pour être restaurés et publiés, avec pour objectif le réinvestissement des bénéfices de ces publications afin de continuer encore et encore ce travail de fourmi.

 

Thierry Lecamp

 



© Vectorass

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