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Financement du spectacle vivant: une solution solidaire

Produire un spectacle est soumis au sempiternel problème du nerf de la guerre : l’argent. Et dans une économie subventionnée en pleine mutation, mettre en place son spectacle en le finançant relève souvent du casse-tête. Overact se veut une solution solidaire, équitable et innovante pour venir en aide aux producteurs.

 

Scène concert
© Marc Chesneau

Le préfinancement des spectacles est par essence le moment où les organisateurs, qu’ils soient des producteurs-tourneurs, des festivals ou des municipalités, rencontrent le plus de difficultés. Comment payer ses artistes, louer du matériel, investir sur le lieu et les répétitions, quand on n’a plus ou pas assez de subventions, et qu’on ne peut pas compter sur la confiance des banques ? C’est de ce postulat qu’est parti Pierre Ilias, ex-professionnel de l’industrie du disque depuis les années 70, et du spectacle vivant par la suite, en imaginant Overact.

 

Avec la gouaille sympathique et l’éloquence passionnée propres à ceux qui sont dans le métier depuis longtemps, Pierre Ilias raconte ce qui a fait germer l’idée d’Overact en lui. « En 2008, j’ai produit un spectacle, qui a été nommé aux Molières. Il aurait fallu que je revienne à Paris pour le rejouer, mais je n’ai pas trouvé tout l’argent nécessaire pour le faire. Cela m’a inspiré une réflexion : quand la banque a fait tout ce qu’elle voulait bien faire, si vous n’avez pas ou pas assez de subventions, alors vous faites comment ? Eh bien vous ne faites pas ! C’est là que l’idée Overact m’est venue ».

 

Et pour Pierre Ilias, hors de question qu’une trésorerie insuffisante mette fin à un projet artistique avant même qu’il ait commencé. Après 5 ans de développement du concept et du produit entre 2011 et 2015, la solution, mêlant financement et économie solidaire et participative a ainsi pu voir le jour. « Les premiers Overacts - nom qu’il donne à ces préfinancements - ont eu lieu en 2016. Overact a pu se mettre en place au début grâce à des financiers en « love money » - solliciter ses proches et son entourage pour avancer des fonds -, puis en juillet 2018, nous avons signé avec un « investisseur de référence », Paluel-Marmont Capital, très connu dans ce métier », explique Pierre Ilias.

 

Economie sociale et solidaire

« Nous ne sommes pas une banque. Nous apportons une aide à un producteur, un festival, une tournée ou même à des projets municipaux. Nous offrons la possibilité, de recevoir un complément de trésorerie trois, six ou neuf mois à l’avance, pour pouvoir préparer son événement en toute quiétude », raconte le président d’Overact. L’organisateur du concert ou de la pièce de théâtre bénéficie ainsi largement à l’avance du coup de pouce de trésorerie nécessaire pour payer ses artistes, louer des tour-bus, ou encore acheter ou louer du matériel. Les montants vont de 1500 euros pour un spectacle dans le Off d’Avignon, jusqu’à des centaines de milliers d'euros pour un gros événement.

 

Aventure humaine et financière

Concernant le détail astucieux de cette gymnastique financière, Pierre Ilias préfère qu’il soit expliqué au cas par cas, grâce à ses vingt-cinq collaborateurs à Paris et aux quatre coins de la France, qui viennent tous de l’industrie du spectacle vivant. Simple dans l’idée et complexe dans les détails, l’idée principale à retenir est que l’organisateur de l’événement n’a pas à rembourser l’argent : cela se répercute comme un manque à gagner sur une partie de sa billetterie dont il a connaissance dès le départ. « Ma grande réflexion au moment de fonder Overact, a été de me dire qu’il ne faut pas que le producteur fasse un prêt car il ne faut pas qu’il soit endetté. Nous avons ainsi, à ce titre, été repérés par les acteurs de l’économie solidaire et équitable ».

 

Ce système permet ainsi à des productions de pouvoir se réaliser, et donc d’embaucher des gens, de pérenniser leur emploi, de renouveler des contrats d’intermittence... « Nous agissons en amont sur une partie de la billetterie, et c’est là que l’organisateur du spectacle se voit verser une avance, avec une kyrielle de mesures prudentielles - quatorze exactement-, qui sont autant de garanties pour le producteur que pour nos investisseurs ».

 

À ce titre, Pierre Ilias a pour objectif de participer au maintien de la diversité culturelle. Les producteurs peuvent, grâce à Overact, avoir un partenaire financier à qui ils ne doivent pas d’argent. « Nous sommes véritablement dans une démarche équitable. Nos collaborateurs comprennent les enjeux des producteurs car ils viennent tous de ce milieu, de cet écosystème où l’argent fascine autant qu’il fait peur ».

 

Les conditions d’éligibilité ? Comme l’explique Pierre Ilias, elles sont peu nombreuses et sont similaires à celles nécessaires à l’obtention de subventions par exemple. Elles ne sont soumises en rien à des considérations artistiques. Seul compte le sérieux du spectacle à produire. « Nous apportons notre aide financière sur des critères de faisabilité économique ». L’objet est donc de permettre au producteur du spectacle vivant de mieux vivre, en toute sérénité, à l’intérieur de rouages dans lesquels habituellement tout est complexe.

 

La solution Overact est amenée à se développer en Europe. Une aventure à suivre de près…

 

Arnaud de Vaubicourt