Notre
Blog

En Finlande, un outil digital au service de l’enseignement de la musique

Quelle place pour la musique dans les écoles ? La France accuse un retard important en la matière par rapport à de nombreux autres pays européens, notamment les pays scandinaves. À titre d’exemple, c’est en Finlande qu’a été imaginée par trois artistes électro une méthode d’apprentissage de la musique. Ou comment sensibiliser les élèves à la création musicale en utilisant un logiciel bien connu des DJ, GarageBand.  Une méthode introduite prochainement dans certains lycées français.

 

Future songwriting
©Future Songwriting

 

Composer de la musique, une activité à la portée de tout le monde, y compris des plus jeunes ? Si la tâche semblait jadis réservée aux musiciens chevronnés, les outils digitaux permettent aujourd'hui à n'importe qui de créer des compositions originales en très peu de temps. Une idée qui est au cœur du projet Future Songwriting, financé par la Commission Européenne et mis en œuvre par la Sacem dans le cadre de son projet des Fabriques à musique. 

 

Au total, ce sont quatre établissements scolaires qui ont été sélectionnés dans toute la France (à Paris, Roubaix, Parthenay et Sorgues) pour participer au projet. Des musiciens formés à l'enseignement de la composition sur iPad vont accompagner une classe d'élèves sur plusieurs séances pour les amener à créer leurs propres morceaux.

 

Future songwriting
©Future Songwriting

Encore faut-il donner les clés pour apprendre à composer à ces adolescents qui n'ont parfois aucune expérience musicale.

Pendant trois jours en janvier, à l’invitation de la Sacem, trois créateurs finlandais, Janne Hiedanniemi, Tuomas Hiedanniemi et Kari Saarilahti sont venus présenter à des artistes et des enseignants français, INTO, du nom de la méthode d'apprentissage qu’ils ont mise au point.

 

Le principe d'INTO : apprendre aux élèves à se servir du logiciel GarageBand pour leur permettre de développer leurs propres créations. Le tout en un temps record.

Car on s'en rend rapidement compte en manipulant les tablettes mises à disposition des artistes et des enseignants venus suivre la formation : GarageBand, logiciel développé par Apple, est un outil à la fois puissant et incroyablement intuitif. En quelques pressions du bout des doigts, on peut déjà aligner une suite d'accords de guitare accompagnés d'un motif de batterie ou mettre au point une mélodie de piano.

 

 

« Le secteur créatif se démocratise »                    

 

« Par rapport aux autres logiciels de MAO (Musique Assistée par Ordinateur), du type Ableton ou Cubase, GarageBand a l'avantage d'être beaucoup plus facile d'accès, nous explique Janne Hiedanniemi. En quelques instants, on peut déjà créer quelque chose. Et plus on creuse, plus on découvre de nouvelles possibilités. C'est très addictif. »

 

Au fil des séances avec les artistes et avec leur professeur de musique, les élèves pourront ainsi découvrir les multiples fonctionnalités du logiciel : par exemple, la possibilité d'utiliser des boucles dans le cadre d'une création électro, ou celle d'ajouter une multitude d'effets (reverb, autotune...) pour personnaliser leur morceau.

 

Autre fonction offerte par GarageBand : l'enregistrement d'instruments « réels », avec un simple micro branché sur l'iPad pour les instruments acoustiques, ou en branchement direct sur la tablette s'il s'agit par exemple d'une guitare électrique.  

 

Future songwriting
François-Xavier Cumin et Elodie Barreau à la Sacem ©Future Songwriting

 

« Avant, il était très difficile de s'exprimer musicalement si on ne maîtrisait pas les instruments, ce qui demande une pratique longue et ardue, nous dit Janne. Avec l'outil digital, le secteur créatif se démocratise : peu importe le background musical de l'élève, il peut composer. Et ça, beaucoup de jeunes ne le savent pas. Notre travail, c'est de gratter la surface pour leur faire découvrir leurs talents cachés, qu'eux-mêmes souvent ignorent. »

 

Au programme également, l'étude de structures-type pour mettre au point une chanson complète : couplet / refrain / pont, etc.

 

Les artistes formés à la méthode INTO s'avouent séduits. « C'est très ludique, s'enthousiasme Elodie Barreau, musicienne qui se produit sous le nom de Sista Bethsabee et qui, l'année passée, a déjà animé un atelier de MAO à destination de jeunes élèves. Et il y a un côté visuel qui est absent d'un cours classique de musique. Le fait que ça se passe sur un écran, un objet que les ados utilisent quotidiennement, ça va leur parler directement. »

 

« Un levier de confiance en soi »

 

Les bénéfices à retirer de l'expérience vont au-delà de la simple découverte d'une pratique musicale. Les créateurs de la méthode l'affirment : ce sont de véritables « talents de vie » que les jeunes vont apprendre en composant.
« Pour créer à plusieurs, il faut mettre en place un travail d'équipe, s'ouvrir aux autres, apprendre à faire des compromis, à donner et à recevoir, faire des erreurs et échouer parfois, explique Janne. Ce sont des aptitudes qui sont utiles dans tous les aspects de la vie ».
« Le fait de créer sa propre musique est aussi un puissant levier de confiance en soi, de confiance dans sa capacité à faire des choses, que les élèves pas très « scolaires » n'acquièrent pas forcément dans les autres matières », ajoute son collègue Kari Saarilahti.

 

Future songwriting
Franck Turrel et Nicolas Borel ©Future Songwriting

Les deux musiciens français Franck Turrel et Nicolas Borel, l'ont déjà constaté l'an dernier, lorsqu'ils ont formé des élèves à la composition électro : « Ça peut complètement bousculer la hiérarchie d'une classe. Celui qui est timide, en retrait, peut tout à coup se retrouver mis en avant grâce à la musique. »

 

Même son de cloche du côté de Damien Rollin et François-Xavier Cumin, du duo électro Turnsteak : « L'idée, c'est que chaque élève amène son grain de sel. Personne ne reste à l'écart. Nous, on est là pour les tester un peu, voire ceux qui ont un profil plutôt rythmique, mélodique, etc. Ensuite, on fait trois-quatre groupes et on les laisse libres de développer leurs idées. On les aide juste à être cohérents et à la fin, on se charge du mixage. »

 

Elodie Barreau, qui voit dans le projet une véritable utilité sociale, renchérit : « Pour certains élèves qui n'ont pas d'ordinateur chez eux et qui sont dans des classes où ils ont l'habitude de ne pas être considérés, c'est très gratifiant. Ils se rendent compte qu'ils sont capables de créer quelque chose sans trop de difficultés. »

 

Un mode d'apprentissage basé sur la créativité, et que les trois Finlandais disent en lien direct avec le modèle éducatif de leur pays, où le bien-être des élèves est davantage mis en avant.
« L'étude de la musique ne devrait pas être soumis à un classement, rappelle Janne. La musique n'est pas une compétition, avec un premier et un dernier ! » Une restitution finale des quatre projets pilotes aura lieu le 15 mai à 14h à la Gaité Lyrique, à Paris.  

 

Pierre Ancery