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L’école de musique connectée : quand l’ordinateur donne le La

Depuis janvier, l’école de musique de Solaure à St Etienne expérimente une nouvelle pédagogie pour apprendre la musique avec les outils du numérique, ordinateurs, tablettes, smartphones et objets connectés. Des méthodes plus ludiques, plus participatives qui se proposent de former des musiciens avant d’être des interprètes.

 

fillette casque
© Marie-Aline Bayon

 

Au bout de la ligne du tram numéro 1 et en bordure d’autoroute, l’école de Solaure est une institution stéphanoise. Point d’attraction culturelle, ce bâtiment en béton très seventies est devenu une école pionnière avec des enseignements innovants menés tambour battant par Marie-Aline Bayon.

 

La jeune femme effectuait, depuis plusieurs années, des recherches sur l’influence de la révolution numérique dans l’enseignement spécialisé de la musique quand elle est nommée directrice de l’école en 2013. Un double constat, le retard important de l’enseignement musical sur l’utilisation de ces outils par rapport à l’enseignement supérieur et la peur que suscite le numérique, l’incite à mettre son école au diapason des smartphones et autres tablettes.

 

Une première phase d’expérimentation est menée l’an dernier avec deux petits groupes d’élèves à qui sont proposés un apprentissage mixte avec des heures de cours en présentiel et des outils en ligne. Surprise. Les jeunes enfants sont davantage captifs que les adolescents, chez qui la pratique d’un instrument est déjà ancrée.

 

Les nouvelles technologies apparaissent clairement comme un excellent moyen de sensibilisation pour faire ses premiers pas en musique. Quelques semaines pour sensibiliser les enseignants et tout était fin prêt pour la rentrée 2018.

 

C’était sans compter avec ce que Marie-Aline Bayou appelle « le tsunami », un double cambriolage durant lesquels tout le matériel a disparu et qui a retardé de plusieurs mois la mise en place des nouvelles offres. C’est chose faite depuis janvier avec notamment la création du Cyber Orchestra.

 

Jouer avec un écran

 

Sonnez smartphones, résonnez iPads … tous les mardis soir vers 17 heures, une vingtaine d’enfants de 7 à 14 ans se retrouvent à l’école de Solaure pour un cours d’apprentissage collectif baptisé Cyber Orchestra.

 

Pas d’exclusive, les élèves apprennent à jouer d’un instrument mais aussi à composer à l’aide des outils numériques. Guitare au pied, tablette en main, rien d’étonnant car le prof peut tout autant parler accord, solfège, bruitage, YouTube ou enregistrement.

 

Expérience de musique concrète ou d’harmonie, le premier trimestre est consacré à étudier les compositions de Joe Hisaishi et à imaginer de nouvelles musiques « douces et rigolotes » selon les dires des enfants, pour les films d’animation du réalisateur Hayao Miyazaki.

 

Après le cours hebdomadaire de deux heures et demie, vient le temps de la maison où chacun peut retrouver des outils pour travailler chez soi.
Les enseignants utilisent un « mur collaboratif » baptisé Padlet dont le lien, envoyé aux familles, est une mine d’or pour jouer : des vidéos pour s’entrainer à un geste de guitare, une photo pour un doigté de flûte, des extraits filmés du cours, les enregistrements des morceaux composés, des pages de partition, un libre accès à l’application Earmaster pour travailler son solfège, des liens pour écouter d’autres morceaux du même compositeur…

 

Autant de ressources moins figées sur l’instrument mais plus centrées sur la création.
Comment dire à l’enfant de lâcher l’écran, tel est alors le problème des parents.  « Les enfants retrouvent ainsi le plaisir de jouer » affirme Michel Gallego, un des profs de l’école. « Cela les autorise à jouer, mais à jouer de la musique » précise Marie-Aline Bayon.
S’il existe un cursus diplômant sous convention pédagogique avec le Conservatoire de Saint-Etienne, l’école de Solaure a pour vocation de former des amateurs et sa directrice est très attachée « à ne pas mettre toute la pression sur l’instrument et à former davantage des musiciens au sens global, plutôt que des interprètes ». 

 

enfants tablette
© Marie-Aline Bayon

 

Un enseignement moins magistral 

 

La fabrique musicale est une autre offre de l’école de musique connectée.
Elle s’adresse uniquement aux élèves de CP et se concentre sur la création sonore, avant même de choisir un instrument.

 

Le bruit d’un réveil, le miaulement d’un chat, le bang de la grosse caisse ou le ding de la cymbale, tout est musique, jouée, enregistrée et réécoutée. Une attention particulière est portée au son et avant de monter la gamme, les bambins s’imaginent baigner dans une nappe sonore.

 

Ce nouveau modèle d’apprentissage de la musique cherche à intégrer les outils du numérique au service de la créativité mais bouleverse aussi la relation prof-élève.
Selon Marie-Aline Bayon « le modèle d’apprentissage est encore très hiérarchisé en France avec un élève qui boit les paroles du maitre en position d’expert absolu ». Avec ces cours mixtes, le modèle de transmission est moins descendant et plus transversal. Le projet d’établissement de l’école connectée est basé sur la pratique collective et sur un modèle participatif.

 

Madame la directrice réfléchit aussi pour 2020 à une offre de cours en ligne sur le modèle des MOOC tout en poursuivant une expérimentation sur des ateliers de MAO (Musique Assistée par Ordinateur) engagée avec des jeunes du centre social voisin.

 

Vers un réseau d’écoles connectées

 

Avec six ordinateurs, huit tablettes, autant de smartphones et dix claviers midi, Marie-Aline Bayon a donc lancé une petite révolution dans le monde de l’enseignement musical.

 

Repérée par la Chambre Syndicale des Éditeurs de Musique, l’école de Solaure, fortement appuyée par la DRAC Auvergne Rhône-Alpes, a pour projet de créer un réseau d’écoles connectées et de concevoir un label.
Objectif : démocratiser plus encore l’apprentissage de la musique et le rendre plus raccord avec son temps.

 

Pascal Marsaa

 

À lire :
Révolution numérique et enseignement supérieur spécialisé de la musique : Quel impact sur les pratiques professionnelles ? de Marie Aline Bayon. L’Harmattan 2017