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Exporter un spectacle à l'étranger : le nouveau Graal

Même si elle reste encore derrière les États-Unis et la Grande Bretagne, les deux mastodontes de l'export de spectacle vivant, la France gagne du terrain depuis une dizaine d’années. Alors que « Piaf !  Le Spectacle » repart en tournée en Amérique du Nord, son producteur Gil Marsalla, éclaire sur les clés de ce succès mondial Made in France.

 

 

Avec plus de trois cents représentations et plus d'un million de spectateurs dans trente-cinq pays à travers le monde, des tournées déjà prévues en 2018 et 2019, « Piaf ! Le Spectacle », produit par Gil Marsalla et sa structure Directo Prod représente un modèle de réussite d'export de la culture française à l'étranger.
D'abord diffuseur local, Gil Marsalla et sa société de production, créée en 2001, ont réalisé que, pour survivre, il fallait tenter le tout pour le tout, en produisant des spectacles hors de nos frontières.

 

Le chiffre d'affaires de l’export de productions françaises continue d’augmenter passant de 22,5% en 2015 à 29% en 2016. Une fois passées les frontières de l'Europe, les marchés les plus fructueux sont l'Amérique du Nord (11% de l'export hors Europe) et l'Asie (9%).

 

Exporter un spectacle à l'international n'est pas si simple mais les professionnels français peuvent compter sur les aides précieuses du Bureau Export, structure qui accompagne la filière française dans le développement des artistes, producteurs et tourneurs à l'international, mais aussi sur les dispositifs de soutien financier de la Sacem, de l'Adami ou de la Spedidam.

 

 

" Le Bureau Export met en avant mon expérience car nous sommes précurseurs dans ce domaine. Beaucoup de producteurs cherchent à exporter car ils sont aussi confrontés aux demandes insistantes des artistes. C'est très à la mode en ce moment, tout le monde veut faire de l'export ", explique Gil Marsalla, qui au lendemain de l'interview repart pour une tournée sold out aux États-Unis. "C'est la cinquième tournée pour le spectacle Piaf et deux autres sont déjà prévues en avril 2018 et avril 2019. Ce show est le premier succès mondial français depuis 2015. »

 

Des grands spectacles qui profitent de la notoriété et de la popularité de notre patrimoine musical à l’étranger.
Non content de remplir des salles de trois mille personnes à New York, Chicago, Buenos Aires ou Tokyo, le producteur exporte également deux autres spectacles dans le monde, « Formidable ! », l'histoire de Charles Aznavour, et « Paris ! Le Spectacle », qui revient sur les grandes figures de la chanson française du siècle passé.

 

Comment s'y prendre, concrètement ?

 


 

Comment faire pour exporter des grands spectacles forcément onéreux et faisant appel à une technique parfois gigantesque ? Comment harmoniser aussi les différentes procédures entre les différents pays ?

Il convient de s’adapter et de trouver un format exportable en considérant les coûts logistiques, les cachets.
"Il faut savoir qu'à l'étranger, essentiellement aux USA, les budgets, le cadre juridique, les riders (les fiches techniques NdlR) sont beaucoup moins formalisés qu'en France. Alors qu’un rider de 20 pages est monnaie courante en France, à l’étranger, vous êtes directement inscrits sur liste noire » plaisante à moitié Gil Marsalla qui souligne les différences culturelles d’un pays à l’autre. 

 

Exporter un grand spectacle signifie donc d’adapter les formats, voyager léger d'une part, et faire des fiches techniques beaucoup plus light d'autre part, sans compter la nécessité de faire des économies sur la qualité des hôtels, les repas et différentes charges du quotidien.

"Pour les États-Unis par exemple, l'octroi des visas est très compliqué. On part donc sans notre équipe technique et on recrute sur place. Quand on tourne en Amérique du Sud ou en Europe de l'Est en revanche, on part avec nos propres équipes", poursuit le producteur niçois.

 

La réception du public

 

Le tour de force de « Piaf ! Le Spectacle » est d'être produit uniquement en français, et sans sous-titres durant le show, comme cela est parfois le cas pour des spectacles dans la langue de Molière.
"Même pour la première partie du show, qui revient sur l'enfance et les débuts d’Edith Piaf, il y a beaucoup de paroles de chansons beaucoup moins connues, voire pas du tout par des publics étrangers. Attirer les spectateurs, les garder dans la salle, et faire en plus qu'ils reviennent, c'est un exploit", s'enorgueillit Gil Marsalla toujours prompt à promouvoir le patrimoine musical français à l'étranger.
"En France, les médias ont zappé cette partie de notre patrimoine musical. Et pourtant, nous parvenons à nous produire dans des salles de quatre mille places partout dans le monde, avec des billets à des prix atteignant parfois les cent euros. On a véritablement ouvert une niche".

 

 

Le mois prochain, « Paris ! le Spectacle » sera présenté au Canada et en 2018, les trois spectacles de Gil Marsalla tourneront dans le monde entier. À guichets fermés.

 

La suite s'annonce aussi florissante. "On est en train de mettre en place un gros projet pour 2019, avec un orchestre symphonique qui reprendra le répertoire de Piaf, baptisé « Piaf Symphonique ». Nous continuerons sur notre lancée avec l'écriture d'une comédie musicale. L'idée est de développer des créations originales. Il n'y a pas que Piaf, c’est tout un ensemble. Une vraie dynamique que nous sommes en train de créer".

 

Arnaud de Vaubicourt