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Artiste et numérique : comment exister dans la jungle d’internet ?

Les 20 et 21 janvier derniers se sont tenus à Nantes les Biennales internationales du spectacle vivant (Bis).
Ce fut l’occasion pour les professionnels du secteur culturel de partager de nouveaux questionnements concernant la communication artistique à l’heure du numérique.
Facebook, Twitter, Instagram… Internet regorge de moyens pour promouvoir son projet artistique. Et si ce n'était qu'une illusion ? Démocratisation de la production et fragilisation de l’économie.

Internet et musique
© Maksym Yemelyanov

Au sein de l’espace dédié aux labels et tourneurs, le directeur d'un label parisien résume : « on croule sous les projets artistiques, tout le monde veut sortir un disque mais, paradoxalement, les labels n'ont jamais eu autant de mal à les absorber parce qu'ils n'en ont plus les moyens ».
Le numérique a en effet bouleversé la création.

La démocratisation des outils de production (logiciels, home-studio) permet de créer dans de bonnes conditions mais l'avènement du numérique a rendu l'économie musicale exsangue.

Dans ce contexte, les artistes sont livrés à eux-mêmes, de la production au marketing.
En dépit des outils disponibles (Facebook, Instagram, Twitter…), il est facile de se perdre, de tomber dans la dictature du like ou la course au follower. « Il faut garder à l'esprit le fait que ces outils ne font pas tout et savoir les utiliser à bon escient », commente Emily Gonneau, cofondatrice de Nüagency, agence spécialisée dans le numérique.

 

Les réseaux sociaux pour promouvoir ses projets artistiques, mais pas seulement…

« Le nombre d'abonnés à une page Facebook est-il si pertinent ? Que dit-il du public d'un artiste ? », interroge Emily Gonneau.
Dans la salle, une voix s'élève : « Quel espace reste-t-il alors pour la création ? Les artistes sont-ils en en train de se transformer en statisticiens, observant en permanence leurs likes ou leurs followers ? ».

Marion Mota, product manager à l'Irma, prend la parole : « les artistes ont en effet cette impression : il faut faire du clic, du like, avoir tant de fans. C'est l'existence même des statistiques et leur mise à disposition par Facebook, qui nous pousse à y faire attention. Il faut donc prendre le recul nécessaire afin de réduire le temps passé à gérer ces paramètres, au profit d'une communication plus efficace qui peut passer par d'autres canaux ».

 

Avant même l'utilisation des outils sociaux, la première préoccupation d'un artiste est de présenter son univers : « ce qui donne envie aux gens de soutenir l’artiste, c’est l’originalité de son regard sur le monde. L’oublier, c’est se perdre et se condamner à l’indifférence. Les réseaux sociaux ne sont que des outils au service du projet artistique, et non l’inverse ».
L'existence d'un site web personnel demeure fondamentale car elle permet de garder la main sur son propre narratif, de se raconter de manière libre.

 

Des médias pour faire connaître et partager

À l'issue de la conférence, Romain Taurines, qui développe en région Paca une association de soutien aux artistes indépendants, réagit: « le problème de cette communication accélérée, c'est qu'on a l'illusion qu'il faut aller vite, engranger du clic pour pouvoir rapidement déboucher sur des revenus ». En cause, l'immédiateté des réactions sur les réseaux sociaux, où chaque publication bénéficie d'un temps d'exposition court dans la timeline des internautes.

 

Emily Gonneau Emily Gonneau

Pour Emily Gonneau, « le rôle des professionnels est de faire comprendre à l’artiste que quelques clics ne suffisent pas : préfère-t-on 1 clic maintenant ou 10 plus tard ? ».

Les fans ont en effet plus d'impact aujourd'hui, via le lien qu'offre une page Facebook mais leur soutien ne génère pas immédiatement du revenu : « l'industrie musicale s’est construite sur l’idée qu’un projet doit fonctionner tout de suite et que si le public n’adhère pas, on en reste là, commente Emily Gonneau. Alors que le lien quasi-direct proposé par les réseaux sociaux peut permettre de comprendre la démarche de l’artiste, de le questionner, de le suivre « de loin », sans apport financier. Il existe des soutiens qui sont tout aussi efficaces : le fait de parler d'une page, de faire circuler un lien ».

Maîtriser l’histoire de son projet

La présence sur les réseaux sociaux fait aujourd'hui office de dictature pour de nombreux artistes, mais dans quelle mesure peut-on imaginer une autre présence ?

 

L'équilibre est délicat. S'il est nécessaire de peaufiner sa communication, sa stratégie ne doit avoir qu'un seul objectif : la volonté de l'artiste et sa démarche.
« À l'époque du disque, il existait un système médiatique plus simple et verrouillé. Si on entrait dedans, on augmentait sensiblement ses chances de réussite. Désormais, il est beaucoup plus facile d'accéder à la médiatisation mais beaucoup plus difficile d'y émerger significativement et durablement. Ce travail est donc nécessaire », termine Emily Gonneau.

 

Thomas Blondeau.