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Aloïse Sauvage, son cœur bat pour la planète

Aloïse Sauvage, 26 ans, est une artiste multi casquettes (danse, cirque, chanson, rap, électro …). Très en vue ces derniers mois avec la sortie de son premier EP et une série de concerts sur de grands festivals (Transmusicales de Rennes, Printemps de Bourges où nous l’avions rencontrée), la jeune femme appartient à une nouvelle génération (Pomme, Corine, Roméo Elvis et sa sœur Angèle) qui a suivi les traces d’aînés concernés par la préservation de la planète (Shaka Ponk, Trÿo, Zaz, Camille). 

 

 « Je ne vais pas faire de chanson militante, écolo. Je suis sur un registre humaniste, esthétique. J’ai des Nike aux pieds, je ne suis porte-drapeau de rien, mais j’essaie d’agir dans l’intimité », explique celle qui tint le rôle de la meneuse des AG d’Act Up dans 120 Battements par minute, le film de Robin Campillo. 

La conscience écologique est venue à Aloïse Sauvage par son frère, conseiller en bilan carbone. « Le changement climatique est trop important pour qu’on passe à côté. Les courants migratoires sont de plus en plus liés au réchauffement. L’eau va devenir une denrée rare », nous explique-t-elle sur les bords de la rivière berruyère, l’Auron où batifolent encore les colverts. Comment cette préoccupation se traduit-elle dans la vie professionnelle d’une jeune artiste ? « Je voyage en avion le moins possible, je prendrais bien le train, mais c’est compliqué, nous sommes une petite dizaine, avec des trajets bizarres et du matériel. Donc, nous circulons en van ».

 

À chaque jour, son petit geste

Pour la nourriture du groupe, suppression des emballages, plastiques ou aluminium, au profit de boites réutilisables, circuits courts, et bonne parole portée auprès des caterings « qui ont commencé à intégrer les habitudes végétariennes, mais pas assez vite, alors que beaucoup d’artistes ont compris que se sentir bien dans son corps n’était pas lié au fait de manger de la viande ». À chaque jour, son « petit geste », dire par exemple aux techniciens « qu’ils ne sont pas obligés d’éclairer les salles quand il n’y a personne dedans, pendant les balances par exemple ».

Aloïse Sauvage et ses musiciens ont adhéré à la campagne #MaGourdeAMoi, lancée par Roméo Elvis qui estimait que « les artistes aussi doivent » accompagner le réveil citoyen quant à l’écologie. Le rappeur belge a conçu ses propres gourdes en aluminium avec le fabriquant suisse Sigg Switzerland, et a lancé une pétition pour que ce système soit adopté dans les écoles de son pays. Aloïse Sauvage et ses musiciens ont acheté des gourdes « pour supprimer l’usage des bouteilles d’eau, qu’on abandonne à moitié pleines sur la scène et dans les coulisses ».

 

© Marc Chesneau

Sur les pas de Thom Yorke de Radiohead

Ce n’est pas une première. En 2018, le groupe Shaka Ponk a fondé le collectif The Freaks avec l’appui de nombreux artistes (Yael Naïm, Zazie, M, The Do, Mathias Malzieu, Bruno Solo, Nolwen Leroy, Albin de la Simone, Thomas Dutronc…). Tous s’engagent à réduire leur empreinte environnementale. La notoriété peut être vectrice de changements profonds, « c’est bien de faire de belles chansons, mais cela ne suffit pas. Il faut montrer comment résoudre le phénomène sur le terrain », explique alors Frah, le chanteur du groupe. The Freaks définit « 22 gestes qui, si tout le monde s’y mettait, sauveraient l’Homme et la planète ».

 

« Si je devais faire des tournées internationales, je ne sais pas comment je procéderais », réfléchit Aloïse Sauvage. Novateur, Radiohead avait poussé le bouchon assez loin. Dès 2007, le groupe britannique avait demandé à des experts de Best Foot Forward, basé à Oxford, de calculer l'impact environnemental de ses tournées ainsi que le « per person entertained », soit pour chaque spectateur les émissions de gaz à effet de serre générées par leur déplacement. En 2008, le leader, Thom Yorke, alors lié aux Amis de la Terre, avait demandé aux journalistes désireux d’assister à leurs concerts à Bercy d’aller chercher leurs places à vélo, « en vélib, de préférence ».

Radiohead exigeait des gouvernements et de l'Union européenne des lois contre le réchauffement climatique. Pour donner l’exemple, le groupe utilisait des matériaux recyclables, des éclairages économes en énergie, et transportait son matériel en train ou en bateau plutôt qu'en avion.

 

« Ne sens-tu pas le dérèglement ? »

La musique, poursuit Eloïse Sauvage, est par essence organique. Vécue dans la chair, elle a besoin de respiration, d’eau, d’espace, d’ombre et de soleil. « La danse, c’est le corps qui s’exprime. Même quand il est immobile, il invoque quelque chose, une énergie militante, combative, quelque soit l’énergie qu’on laisse filer à travers nos muscles ! ». Sans planète saine, « on tombe ». Suspendue à un fil, pliée, dépliée, Aloïse Sauvage (son vrai nom), explore des entre-deux, le sentiment amoureux, l’angoisse sociale et la perspective de l’effondrement planétaire : « Été froid, hiver brûlant ne sens-tu pas le dérèglement ? /Été froid, hiver brûlant j’ai besoin d’une avalanche /Des mots braves, détonants, couleur lave dévorants/Il s’en fallu de peu, frôler le creux, serrer les crocs /Des mots braves, détonants, couleur lave dévorants/Il s’en fallu de peu, frôler le creux, serrer les crocs ».

 

Véronique Mortaigne

 


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