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Insula Orchestra à la Seine Musicale : une démarche artistique et citoyenne

Insula Orchestra
 

« Les deux principales valeurs d’Insula Orchestra sont l’ouverture et l’innovation. Dès le départ, nous avons souhaité avoir ce type d’action », raconte Laurence Equilbey, cheffe d’orchestre et directrice artistique et musicale d’Insula Orchestra. Un groupe de demandeurs d’asile est alors invité au concert d’inauguration de la salle, en 2017. « Mais nous n’avions pas vraiment réfléchi à la manière de les accueillir. Nous n’avons pas été à la hauteur » estime-t-elle.

 

L’orchestre prend alors contact avec l’association Habitat et Humanisme et les concerts solidaires voient le jour. Un livret dédié est distribué aux participants en amont des spectacles. Chaque demandeur d’asile est accompagné par un salarié d’Insula Orchestra ou du chœur Accentus.
En coulisses, avant la représentation, ils rencontrent leur binôme de l’orchestre pour échanger. À l’issue du concert, tous se retrouvent autour d’un pot. « Le groupe évolue selon les situations de chacun, mais en majorité ce sont les mêmes d’un spectacle sur l’autre. », explique la cheffe d’orchestre. Un moyen d’assurer une continuité et de renforcer les liens entre l’équipe de l’orchestre et du chœur et les demandeurs d’asile. « Au début, la plupart étaient surpris, certains n’avaient jamais vu d’orchestre, se souvient Laurence Equilbey. Maintenant, ils sont de plus en plus à l’aise et tous y ont pris goût ! »

 

Beethoven en slam

 

En plus d’être citoyenne, « la motivation première de l’orchestre est artistique. Nous sommes attachés à être pluridisciplinaires, à travailler avec d’autres formes d’art : la bande dessinée, la danse, le cirque, la vidéo… » poursuit-elle, « cela nous permet d’aller vers d’autres publics ».
 

En témoignent les actions engagées par l’orchestre à l’occasion des 250 ans de Beethoven.  Le projet « Beethoven mon frère » a fait l’objet d’une représentation le 18 décembre dernier.
Des jeunes primo-arrivants du lycée Galilée à Gennevilliers ont slamé les textes écrits en collaboration avec l’orchestre sur la 9ème symphonie de Beethoven alors que les enfants d’une association d’Issy les Moulineaux assuraient les chœurs.

 

 

Cette année, dans le cadre du programme « Pastoral for the planet », sur la symphonie n°6, « Pastorale », de Beethoven, Laurence Equilbey et ses équipes ont imaginé une création collective intitulée « Je suis Robinson ».
Des groupes de collégiens, de lycéens et de demandeurs d’asile participent à imaginer une histoire et sa mise en musique, aidés par le chœur Accentus et des musiciens d’Insula Orchestra, sous la direction de Mark Withers.
Le projet donnera lieu à une représentation à la Seine Musicale le 31 mai 2020. « Nous avons voulu profiter de cet anniversaire pour questionner les valeurs beethovéniennes à l’aune de notre époque et les remettre au goût du jour » explique Laurence Equilbey.

 

Des jeunes de tous horizons

 

« C’est beaucoup plus facile de mener ces projets lorsqu’on a une salle, estime la directrice de l’orchestre, parce qu’on est vraiment libre d’accueillir qui on veut, comme on le veut. Le lieu nous permet d’aller vers des publics différents ».
 

Au moment de l’ouverture de la salle à Boulogne-Billancourt, l’orchestre a aussi créé Insulab, un collectif ouvert à tous, amateurs et musiciens, de 17 à 26 ans. L’objectif est de proposer une proximité un peu privilégiée avec un orchestre symphonique à des jeunes de tous horizons. L’adhésion est libre et se fait sur les réseaux sociaux. « C’est très important de toucher des jeunes à la fin de l’adolescence, c’est le moment où la conscience artistique se forme et s’affine » analyse la cheffe d’orchestre.

 

Insulab

 

« Nous sommes très attachés à ce que nos créations résonnent dans l’époque » poursuit-elle. À la Seine Musicale, mais aussi hors les murs. L’orchestre a par exemple filmé l’interprétation d’un mouvement en 360.
Intégré à un casque de réalité virtuelle, cela permet d’écouter et de vivre le mouvement de manière immersive, comme un musicien. Installés une semaine au centre commercial de La Défense, des salariés de l’orchestre ont proposé cette expérience aux passants.

« Explorer d’autres formes d’art, nous stimule artistiquement. Mais on se rend compte aussi que d’un coup, le public s’élargit » se réjouit la directrice d’Insula Orchestra.

 

Philippine Donnelly